Mathilde Vuidar
DOOR Siham Amghar
13-11-2016

J’ai fait un rêve très étrange cette nuit, et j’aimerais vous le raconter pour que, si quelqu’un venait à faire le même rêve plus tard, le plus important soit déjà écrit. Voilà :

« Elle est au cœur de la tornade, ne ressent que de la confusion. Pas de sensation dans les pieds. Pas de conscience. Les feuilles de l’automne lui frôlent les oreilles, le nez et les lèvres. Ses sens protestent et, l’espace d’un instant, elle voudrait être emportée dans le tourbillon. Loin de la force de gravité, avec les forces de la nature. Les batailles intérieures sont plus rudes que les batailles extérieures parfois, et elle en est là. »

La tête en bas, on voit les choses un peu autrement qu’autrement. Un tronc d’arbre inversé reste tendre en toutes saisons, certes. Pourtant, une souche d’arbre nourricière est aussi autrement autre, comme ça, la tête en bas. Les branches sont comme des racines qui ne parviennent pas à atteindre le sol, et le tronc est suspendu à l’origine plutôt qu’au bout de ses forces. Les feuilles, quand il y en a, tombent comme toujours vers le bas, mais vers le point le plus haut du dessous. Hé les gars, ça suffit comme ça ! À bas l’abattage. Sauf si vous voulez monter au ciel avec pour objectif de recevoir un bout de papier, faites de votre mieux. Abattre un arbre, ça doit se faire en altitude, et le tronc lourd tombe vers le bas. Franchement les gars, c’est se donner beaucoup de mal pour gagner sa vie. Planter des graines, c’est pareil. Ceux qui veulent planter le plus d’arbres, et les plus beaux. Ce sont eux qui doivent se hisser le plus haut. Comme dans la réalité, on dirait, pas vrai ? L’arbre inversé ? Se mettre à l’envers ? Hé les gars, essayez voir ! Mettez la nature la tête en bas et sauvez le monde.

Et si le soleil ne venait plus d’en haut, mais d’en bas ? La terre, qui émet déjà de la chaleur en temps normal, rayonnerait comme le soleil. Une énergie positive tirée du sol, au lieu des carburants fossiles qui asservissent l’homme et provoquent des guerres. Un soleil doux, tout doux sous les pieds, qui apporterait au corps de la vitamine D et plus de bonheur. La pluie soulagerait et nourrirait immédiatement les terres infertiles d’un souffle de vie, et je parie qu’aucune tempête n’approcherait des vies humaines. La NASA recherche une nouvelle « terre nourricière », une mère adoptive pour nous tous. Mais la NASA oublie de penser à l’amour maternel dans sa forme la plus pure. Le soleil inversé. Le petit soleil retourné va nous refroidir, sans doute littéralement. J’ai donc réfléchi et trouvé un nouveau plan. NASA, essaie de mettre la tête à l’envers ! Je parie que tout aurait l’air plus beau que dans une maman autre que notre maman la terre. Je serais prête à renoncer à mon sens dessus dessous naturel.

« Le soleil fuit tous les sourires qui ont rayonné pendant un week-end. C’était trop, trop éblouissant pour le soleil. Elle est accueillie chaque jour par les dalles mouillées, elle doit accuser le coup. Exténuée, au milieu de cette effervescence, elle dort pour chasser l’ivresse. Le week-end porte un nom adéquat. Crossing Borders. Elle a traversé des frontières et ça lui a fait du bien. »

Alle vertalingen van Mathilde Vuidar
29-11-16

Elle est terriblement seule dans cette chambre, coincée entre quatre murs. Les murs nus, sans peinture, sans papier peint, sans moisissure. Ça sent le rance, la grand-mère schizophrène. Ça sent le je-ne-veux-pas-mourir, ça sent le tout-juste-vivre. L’air a un goût de pelure d’orange et de thé vert à la menthe fraîche. Sereine, et pourtant coincée entre quatre murs.

Régulièrement, les portes s’ouvrent à la volée, personne n’entre. Il n’y a pas de rideaux, et tous les passants voient que la chambre est vide, à l’exception de la femme aux cheveux colorés orange vif. Une bouteille de ketchup est posée au milieu de la pièce, sur le plancher de bois. La lumière qui pénètre dans la pièce semble se concentrer telle un spot sur la bouteille rouge, et mes pensées sont accaparées par le rouge de la bouteille de ketchup qui jure avec l’orange vif des cheveux, ceux de la femme seule.

« Roule donc, frimeuse. Ne me demande rien. Le volant entre tes mains, l’herbe verte de chaque côté de la route ». C’est ce qu’elle semblait et semble toujours penser. Au bord de la route avec sa grande pancarte « Vers Nador », et donc je poursuis ma route.

Le nord du Maroc. Dans les petites villes et les villages, il n’est pas normal pour une femme de se promener en rue. Le fait de regarder par la fenêtre est un scandale, abstenez-vous, et si vous voulez être au comble de la honte pour une femme, entrez donc seule, ou accompagnée d’une amie, dans un café local. Pour un verre de jus d’orange, un thé à la menthe fraîche.

Ça sent cette chambre nue. Partout dans Nador, ça sent la chambre nue. La femme qui est avec moi à Nador compte ses cheveux gris sous son voile et n’y parvient jamais. Elle perd le compte et rêve de cheveux orange. Même s’ils jurent avec la bouteille de ketchup.

Je lui demande si elle aime les figues de Barbarie. Elle ne répond pas. Je lui demande si elle aime les figues. Elle ne répond pas. Je l’embrasse sur la bouche. Elle ne répond pas. Elle fixe par la fenêtre le paysage sec, nu, et je rêve de son visage dans un accès de colère. Il me semble attirant, sexy, tellement sauvage, comme le désert. Je veux la voir furieuse et je lui arrache son voile. J’écrase le frein. Elle se cogne la tête, prend le tableau de bord en plein visage. Pleure à chaudes larmes. Elle descend, je pousse un hurlement.

Régulièrement, les portes s’ouvrent à la volée, personne n’entre. Comme une poussière d’étoile, là-haut entre les gros nuages, la lune sera à mes côtés, pendant le trajet. Ce n’est pas agréable, mais le contraste, entre la bouteille de ketchup et les cheveux orange, apaisait mes soupirs. Elle était là pour moi, même si elle n’était pas réelle. Cela n’avait pas d’importance, car j’étais en voyage et maintenant que je suis chez moi, coincée entre quatre murs nus, je veux retourner à Nador. Flairer les odeurs dégoûtantes, passer ma langue sur les pelures d’orange. Entrer dans un café et arracher le voile de la femme. Voir sa tête heurter le tableau de bord. Je-ne-veux-pas-mourir, mais tout-juste-vivre.

13-11-16

J’ai fait un rêve très étrange cette nuit, et j’aimerais vous le raconter pour que, si quelqu’un venait à faire le même rêve plus tard, le plus important soit déjà écrit. Voilà :

« Elle est au cœur de la tornade, ne ressent que de la confusion. Pas de sensation dans les pieds. Pas de conscience. Les feuilles de l’automne lui frôlent les oreilles, le nez et les lèvres. Ses sens protestent et, l’espace d’un instant, elle voudrait être emportée dans le tourbillon. Loin de la force de gravité, avec les forces de la nature. Les batailles intérieures sont plus rudes que les batailles extérieures parfois, et elle en est là. »

La tête en bas, on voit les choses un peu autrement qu’autrement. Un tronc d’arbre inversé reste tendre en toutes saisons, certes. Pourtant, une souche d’arbre nourricière est aussi autrement autre, comme ça, la tête en bas. Les branches sont comme des racines qui ne parviennent pas à atteindre le sol, et le tronc est suspendu à l’origine plutôt qu’au bout de ses forces. Les feuilles, quand il y en a, tombent comme toujours vers le bas, mais vers le point le plus haut du dessous. Hé les gars, ça suffit comme ça ! À bas l’abattage. Sauf si vous voulez monter au ciel avec pour objectif de recevoir un bout de papier, faites de votre mieux. Abattre un arbre, ça doit se faire en altitude, et le tronc lourd tombe vers le bas. Franchement les gars, c’est se donner beaucoup de mal pour gagner sa vie. Planter des graines, c’est pareil. Ceux qui veulent planter le plus d’arbres, et les plus beaux. Ce sont eux qui doivent se hisser le plus haut. Comme dans la réalité, on dirait, pas vrai ? L’arbre inversé ? Se mettre à l’envers ? Hé les gars, essayez voir ! Mettez la nature la tête en bas et sauvez le monde.

Et si le soleil ne venait plus d’en haut, mais d’en bas ? La terre, qui émet déjà de la chaleur en temps normal, rayonnerait comme le soleil. Une énergie positive tirée du sol, au lieu des carburants fossiles qui asservissent l’homme et provoquent des guerres. Un soleil doux, tout doux sous les pieds, qui apporterait au corps de la vitamine D et plus de bonheur. La pluie soulagerait et nourrirait immédiatement les terres infertiles d’un souffle de vie, et je parie qu’aucune tempête n’approcherait des vies humaines. La NASA recherche une nouvelle « terre nourricière », une mère adoptive pour nous tous. Mais la NASA oublie de penser à l’amour maternel dans sa forme la plus pure. Le soleil inversé. Le petit soleil retourné va nous refroidir, sans doute littéralement. J’ai donc réfléchi et trouvé un nouveau plan. NASA, essaie de mettre la tête à l’envers ! Je parie que tout aurait l’air plus beau que dans une maman autre que notre maman la terre. Je serais prête à renoncer à mon sens dessus dessous naturel.

« Le soleil fuit tous les sourires qui ont rayonné pendant un week-end. C’était trop, trop éblouissant pour le soleil. Elle est accueillie chaque jour par les dalles mouillées, elle doit accuser le coup. Exténuée, au milieu de cette effervescence, elle dort pour chasser l’ivresse. Le week-end porte un nom adéquat. Crossing Borders. Elle a traversé des frontières et ça lui a fait du bien. »

05-11-16

En haut de l’escalier, il fait sombre. Des lumières bleues éclairent les murs noirs. L’endroit n’en est pas plus clair ni charmant pour autant. Les ombres bougent rapidement et l’on n’y voit rien. Impossible de discerner qui est en haut de l’escalier. Un nuage de percussions se réverbère d’un mur à l’autre. Il me touche au plus profond de mes entrailles, ce que je n’ai pas ressenti depuis longtemps. Me transperce, sans pitié. Le tympan, l’organe de la peur. Sans pitié, voilà comment commence une soirée que je préférerais oublier.

Le samedi soir est fait pour oublier. Pour trinquer à la santé, pour fumer, pour fêter la soirée qui se prolongera jusqu’à ce que tu décides d’y mettre un terme. Et tout me donne l’impression que ce samedi soir n’est pas près de se terminer.
Les gens affluent. Tapent du pied au rythme des pulsations de l’âme du batteur. Quiconque pénètre dans ce lieu est condamné à y rester jusqu’à ce que la dernière bouteille d’alcool fort se soit frayé un chemin vers le corps humain. Que l’on retrouve ensuite dans la rue, comme un misérable tas. Le vomi de toute l’impulsivité des petites heures du matin.

Le chanteur entre en scène, personne ne semble le connaître, ils sont tous enragés. De grandes mains se touchent. Cris, acclamations, lancés en direction du chanteur. Il chante chaque mot comme si c’était son dernier. Longs intermèdes, si bien que personne n’écoute réellement ce qu’il a à dire. Presque cryptique. Les murs noirs sont désorientés. Les lumières bleues ne bougent plus. Quelqu’un est allongé au sol, juste sous mon nez. Elle hurle, en direction non pas du chanteur, mais d’une force invisible. Sa poitrine se soulève, vers le plafond. Ses yeux se révulsent, on n’en voit plus l’iris. Tout est blanc dans ces orbites qui plongent mon visage dans l’obscurité.
J’entre en action. Je saisis ses jambes, la traîne vers la scène sur le sol couvert d’alcool. Je lui souffle en permanence sur le visage, dans l’espoir de voir réapparaître ses iris. Arrivée près de la scène, je me jette sur le chanteur. J’attrape ses maigres épaules, chuchote à son oreille, et il réagit avec véhémence. En un pas, il est debout sur la jeune femme. Avec son talon tranchant. Sur sa poitrine.

Il fait chaud ici. Je suis seule, mais j’entends et ressens tous ceux qui veulent me connaître. Le matin, je voudrais m’allonger avec elle. Profiter de l’air gris, de sa profonde respiration. Elle se lève, et je suis entraînée dans le gracieux courant provoqué par son corps quand la musique suave de la salle du petit-déjeuner me berce et m’assoupit.

Aujourd’hui est un jour idéal pour s’apaiser. Pour accepter, apprécier le calme plat qui s’installe parfois en nous.

Mais pas pour nous. Nous sommes constamment connectés. Pas seulement les uns aux autres. Mais aussi aux sons, aux lettres et aux souffles qui emplissent cet espace. Un espace compartimenté. D’un côté du cœur à l’autre. Un tout palpitant, versant des larmes sur ce qui a été échangé hier avec des forces invisibles. Il ne pouvait pas en être autrement, et je me suis ensuite dirigée sereinement, comme sous l’emprise d’un intense sentiment de bonheur, vers la salle suivante. Sarah Neufeld. Au « Heartbeat Hotel ». Elle m’a accompagnée, après tous ces tourments, jusqu’à mon lit.

04-11-16

Des lèvres mauves, scintillantes.

La pluie est rafraîchissante, parfois, après la chaleur. Elle stimule la croissance, empêche la soif et forme un cadre idéal pour les scènes romantiques. Après la chaleur. Alors seulement, les gouttes de pluie créent de la chaleur.

Je sors, dans la grisaille des rues. Un survêtement, et oui, je porte un survêtement. Pas parce que ça me va bien, ni parce que ça fait cool, mais parce que j’ai un énorme ventre. Au bout de 28 semaines de grossesse, le bébé commence à devenir grassouillet et mon ventre s’adapte. C’est confortable, et alors qu’on me voit d’habitude en jupe ou juchée sur des talons, on me voit maintenant déambuler dans la rue en pyjama.

La Haye me semble trois fois plus loin de chez moi que dans mes souvenirs d’avant la grossesse, mais j’apprécie le trajet. Dans le métro est assise une femme aux cheveux blancs, de magnifiques cheveux blancs. Mon regard s’attarde sur l’énergie qu’elle partage avec l’espace qui l’entoure. Elle ne s’en aperçoit pas, et je m’en réjouis. Fixer quelqu’un crée un malaise, tout le monde le sait, mais en l’occurrence, peu importe. Elle m’emmène dans un lieu auquel je n’ai pas encore eu accès. Histoire personnelle, avenir incertain, le dos courbé sous tout ce poids, sous toutes ces âmes qui s’appuient sur elle, comptent sur elle, et la voilà maintenant assise en face de moi. Telle une peinture, mais avec plus de contenu. Il n’y a rien à découvrir dans cette peinture. Tout est déjà prémâché. Ainsi, le spectateur conserve assez d’énergie pour bercer la femme aux boucles blanches. Je la soulève, la porte, pour seulement la reposer quand j’entends que le prochain arrêt est le mien. Laan van NOI.

Nous sommes assis face à face dans le train, et tu me regardes comme si je n’étais pas l’inconnue de 21 ans que je suis pourtant pour toi. Je songe un instant à ce que ressentirait ta bien-aimée si elle savait avec quelle avidité tu me regardes. Ou plutôt : avec quelle avidité vous me regardez. Ta cravate est vraiment de travers, elle contraste avec tes chaussures et ta veste proprettes. Mais je ne t’accorde pas un regard, pas même méprisant. Tout est bien ainsi. Moi je m’en tiens à votre cravate de travers, vous à mes seins parfaitement à leur place.

Le livre est refermé d’un coup par des mains ridées et la fille sursaute. Elle réprime un rire en entendant l’homme émettre brutalement un éternuement d’une puissance absurde. Elle a des lèvres maquillées d’un mauve intense, admirablement brillant. De longs cils épais et un teint de rose. Les vitamines adaptées et une bonne dose de soleil, j’imagine. Une bouffée d’air frais, à vous couper le souffle, étonnamment proche et ses douces lèvres mauves rejoignent mon rêve.

Nous sommes assis face à face dans le train, et tu me regardes comme s’il ne restait pas grand-chose de l’homme charmant que j’étais pourtant hier encore. Je me trouve dans le dernier compartiment, mais mon imagination me fait faire un tour. Mes pensées m’entraînent vers un lit à baldaquin tendu de draps de soie blanche, et orné de pétales de roses veloutés d’un noir profond. La vie semble soudain se cacher derrière une couverture nuageuse, qui m’empêche de voir le rôle que je joue dans tout cela. Cela me touche et me secoue, je reviens à moi. Merci.

Lumières scintillantes, bruits de fond discrets, textes qui font littéralement bondir d’impatience mon ouïe qui en redemande, puis tous les fusibles sautent. Seules sont encore visibles les lèvres d’un mauve éclatant, qui cèdent la place à des boucles blanches comme la neige sous l’averse brutale. Il fait chaud ici.

24-10-16

Tourner sur mon axe, jusqu’à ce que toutes les couleurs de la terre se mélangent.
Bouger, jusqu’à ce que mon ombre soit plus tangible que ma véritable forme.
Saisir à pleines mains les branches tombées, les cimes des arbres, les feuilles nouvelles. Agripper
Les sons qui me font osciller entre chaud et froid, entre froid et brûlant.

Nous y voilà. L’un après l’autre, les visages défilent devant nous.
D’anciens mots, fugaces, avides de savoir ce qui les attend.
Des musiciens montent sur notre scène et nous nous recueillons.
Des portes s’ouvrent, l’espace se démultiplie.
Les percussions sont feutrées, les vents donnent le ton.
Plus perçants. Les yeux clignent plus vite, sous la lumière aveuglante.
Les cordes vibrent, plus proches que jamais.
Vue d’ensemble. Elle nous échappe.

Il marche un peu plus loin et rencontre une voix.
Posée, plus sonore que ne peut le supporter sa pensée.
« Fermez votre esprit, imprégnez-vous du magistral. Laissez-vous emporter dans un spectacle, au-delà de la conscience. La honte n’existe pas. Une page blanche. À moi de la peindre avec témérité et extase. Lâchez prise. Laissez faire, sans ressentir aucune force. Écoutez. Laissez-moi vous empoigner les cheveux et vous traîner là où vous n’oseriez pas respirer. Suffoquer d’incompréhension, d’impuissance, voilà qui rend humble. Pas vrai ? »
Vite, éloignons-nous. Ignorons ce poète malgré lui, avant qu’une vraie magie ne parcoure mes veines.

Elle descend l’escalier, passe le rideau de perles, hume l’espace. Comme une odeur d’encens, mélangé à du savon, mélangé à la sueur de la fête. Parfait. Le temps de rêver, le derrière dansant, les cheveux au vent absent, les lèvres boudeuses, comme artificiellement enflées. Elle se balance, se perd en rythme dans ce qui semble échapper à la loi de la pesanteur. Elle s’accroupit, saute, s’essuie le nez sur sa longue manche, s’accroupit. Elle boit une boisson sucrée à l’arrière-goût puissant. Engourdissant, comme toute cette sensation qui gagne ses membres. En haut de l’escalier. Vers le balcon, bien le bonjour de la lune. Elle hume l’espace et l’univers entier vient lui renifler le cou.

Rouge. Bleu. Vert. Violet. Or. Lignes grises. Encre fraîche.
La maison dans la lande, peinte par un homme venu d’une ville de béton, se dresse. Les passants voient tout, sauf la peinture. Le message. La raison pour laquelle l’encre a dû sécher. Jusqu’à ce que la toile se mette à parler, hurler, jurer, chanter. Jusqu’à ce que les formes prennent forme, s’affirment. Comme une femme, droite comme un i, fière. Jusqu’à ce que les couleurs se mélangent et que les passants ne tournent plus que sur leur axe. La lumière se tamise, les projecteurs s’allument. Ils éclairent le tableau. Bouches bées.
Rouge. Bleu. Vert. Violet. Or. Lignes grises. Encre fraîche.
La maison dans la lande a cédé la place à l’expérimental, comme Pollock. Et chacun se tait.

Tous perdus dans leur propre envolée créative, stimulés par les explorateurs qui leur accordent un peu de valeur. Les esprits égarés se plaisent ici, jusqu’à la fin de la soirée, et le lendemain encore. J’erre avec eux. Je chante. Écoute. Parle. Oublie. Reçois. Me noie. Je nage avec eux.

Ça nous échappe. Tout, je veux dire. Les mots, les sons, les couleurs, les odeurs, les goûts, les réalités et les illusions. Chérissons le tictac de l’horloge, toute la soirée, tant que nous ne l’entendons pas. Chérissons cette après-midi, cette soirée, et l’ivresse que nous dissiperons par un sommeil réparateur.